Rencontre avec Mireille Jouan, fille et petite-fille de Justes

« Quarante-deux ans plus tard, en 1996, le téléphone a sonné. C’était Philippe. »

Dans le cadre du projet EPL « Mémoire de la Shoah », les élèves de GT1, GT2 et des premières professionnelles AE/GC ont eu le privilège de rencontrer Mireille Jouan, fille et petite-fille de Justes parmi les nations. Une matinée empreinte d’émotion et de recueillement, au contact d’une mémoire familiale vivante et précieuse.

Yad Vashem et les villages Justes

Mme Jouan a introduit son témoignage en présentant Yad Vashem, l’institution israélienne de mémoire de la Shoah, chargée notamment de reconnaître les « Justes parmi les nations », ces femmes et ces hommes qui, au péril de leur vie, ont protégé des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Elle a évoqué deux villages devenus symboles de cette résistance collective. En France, Le Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, où le pasteur André Trocmé a joué un rôle décisif en organisant l’accueil de plusieurs milliers de réfugiés juifs. Aux Pays-Bas, le village de Nieuwlande, dont l’histoire est inséparable de celle de la famille Ten Boom, qui a contribué à sauver des centaines de Juifs et de résistants néerlandais en les cachant dans leur demeure.

À SAVOIR

Le titre de Juste parmi les nations est la plus haute distinction décernée par l’État d’Israël à des non-Juifs ayant risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Shoah. Il est attribué par Yad Vashem, l’Institut international pour la mémoire de la Shoah à Jérusalem.

L’histoire de la famille Jouan à Normanville

C’est ensuite l’histoire de sa propre famille que Mme Jouan a partagée, avec une émotion palpable dans la salle. À Normanville, dans l’Eure, sa grand-mère Marie Bailly et sa fille Odette ont recueilli Philippe, un enfant juif, par l’intermédiaire du pasteur Émile Dallière. Ensemble, elles l’ont protégé, aimé et veillé sur lui jusqu’à la Libération, lorsque sa mère, seule survivante de la famille, est venue le rechercher.

Puis le silence. Des années sans nouvelles. Deux hypothèses, douloureuses toutes les deux : peut-être Philippe ne souhaitait-il pas raviver ces souvenirs. Ou peut-être avait-il été repris par les Allemands. L’incertitude, suspendue comme un deuil impossible à faire.

L’appel de 1996 : une résurrection de la mémoire

Quarante-deux ans s’étaient écoulés quand, en 1996, le téléphone a sonné chez Mireille Jouan. C’était Philippe. Il avait survécu. Il avait construit une vie. Marie Bailly, sa grand-mère, était décédée sans jamais savoir ce qu’il était devenu. Elle ne saurait jamais.

À la suite de ces retrouvailles, Marie Bailly et Odette ont été reconnues Justes parmi les nations. Le diplôme et la médaille leur ont été remis par l’ambassadeur d’Israël, consacrant officiellement un courage longtemps resté dans l’ombre.

Philippe est décédé en 2014. Mais les liens tissés dans le secret de la guerre n’ont pas disparu avec lui : Mireille Jouan est aujourd’hui restée proche de sa femme et de leur fille, portant ensemble cette mémoire fragile et nécessaire.

Les élèves prennent la parole

Pour clôturer cette rencontre, les élèves eux-mêmes ont présenté le travail mené depuis le mois d’octobre dans le cadre de ce projet. Les 1res pro AE/GC, durant tout le mois de janvier ont endossé le rôle d’élèves guides de l’exposition Anne Frank, accompagnant visiteurs et camarades à travers cette mémoire intime et universelle.

De leur côté, les 2des GT1 et GT2 ont vécu deux jours à Paris, au Mémorial de la Shoah, une expérience marquante au cœur des archives et des témoignages. Ils ont également rédigé un discours élogieux consacré à un Juste normand, exercice de mémoire autant que d’écriture.

Une rencontre profondément émouvante et enrichissante, qui aura permis à chacun de mesurer l’importance du devoir de mémoire et la responsabilité qui incombe aux jeunes générations de le porter.

Rédaction : Emmanuelle Jeanne